OPERA PORNO

OPERA PORNO de Pierrre Guillois

 

Composition musicale et piano : Nicolas Ducloux
Avec : Jean-Paul Muel, Lara Neumann, Flannan Obé, François-Michel Van Der Rest
Violoncelle : Jérôme Huille
En alternance avec : Grégoire Korniluk

 

Ne rien faire à moitié. Cela pourrait être la devise de Pierre Guillois. Après Bigre, dont j'ai fait la critique plus tôt, la nouvelle création de ce metteur en scène bouillonnant nous prend de nouveau par surprise. Encore qu'utiliser le verbe 'prendre' paraisse quelque peu risqué dans le contexte hautement lubrique de ce spectacle. Pourtant tout avait bien commencé : un week-end en famille dans un cadre idyllique et champêtre, une charmante vieille bicoque au bord d'un étang, l'été... tout quoi !

Mais la nouvelle femme du père de famille est sexy comme une grenade dégoupillée, son fils lui tourne autour comme un chien fou, et dans l'euphorie de l'installation, on a oublié grand-mère dans la voiture !

J'ai conscience que ma comparaison va en faire bondir plus d'un, mais tout se passe comme dans La partie de campagne de Jean Renoir : la nature joue ici puissamment sur les protagonistes la partition du désir exacerbé, de la permission, de la licence ! Toute comparaison avec le chef-d'oeuvre de l'auteur de La règle du jeu s'arrêtant-là évidemment, l'ellipse et la métaphore n'étant pas de mise ici.

Pourtant, la provocation ne se trouve pas tout à fait là où l'on l'attend le plus : c'est gore, c'est trash et complètement obscène, soit ! Mais ce sont surtout les tabous familiaux qui volent en éclats, et là, il faut tout le génie de Pierre Guillois et de sa troupe pour que le public digère l'outrage, rentre dans le jeu et finisse par rire sans retenue ! Car il en faut du talent pour aller aussi loin sans sombrer dans le sordide ! Un travail d'équilibriste !

Admirablement habitée (je sais, je sais) par ses comédiens chanteurs, cette opérette sulfureuse repousse les limites de ce qui est possible de montrer sur une scène, ringardisant du même coup selon moi, une bonne partie de la production française dite d'avant-garde.

 

Bref, à ne pas rater.

 

MB